Les filtres de la représentation au Guatemala : clés pour interpréter du processus électoral de 2015

L’élection générale organisée au Guatemala le 6 septembre 2015 (second tour des élections présidentielles le 25 octobre) s’est déroulée dans un contexte social tendu. La période pré-électorale s’était caractérisée par une succession de crises politiques et institutionnelles.

La principale crise fut le scandale de corruption connu comme « La Línea ». Découvert le 16 avril 2015 par l’agence de l’ONU Commission Internationale Contre l’Impunité au Guatemala (Comisión Internacional contra la Impunidad en Guatemala, CICIG), ce cas impliqua plusieurs hauts fonctionnaires du gouvernement, y compris le président Otto Pérez Molina qui démissionna le 2 septembre 2015 après avoir été dépouillé de son immunité par le Congrès, à seulement quelques semaines des élections. Pérez Molina est arrêté le jour suivant et son procès commence presque immédiatement.

Une autre crise politique qui éclate avant les élections met directement en cause la légitimité du processus électoral. Des mouvements sociaux demandent le report du scrutin en raison de modifications de la loi électorale au cours de l’année 2015. Du fait de son approbation législative tardive, cette réforme ne pouvait pas être appliquée aux élections générales de septembre 2015. Malgré l’ampleur des mobilisations sociales, la date de l’élection est maintenue.

Le processus électoral en soi n’était pas dépourvu d’irrégularités. La presse fait écho de plaintes déposées concernant le contournement de certains aspects du code électoral. Au nombre des irrégularités figurent la tenue d’activités partisanes le jour de l’élection et « l’achat de voix », ainsi que des problèmes liés à l’inscription des électeurs sur les listes électorales. Plus grave encore, suite à des éruptions de violence dans certains bureaux de vote, les élections municipales ont dû être répétées dans 11 municipalités.

Toutefois, le bilan du processus électoral est jugé positif par l’équipe d’observation électorale de l’Organisation des États Américains, en particulier si on le compare avec la violence du processus électoral de 2011. Dans son communiqué, la mission d’observation électorale de l’OEA félicite le peuple guatémaltèque et les différentes institutions pour « le succès » des élections générales. Contre toute attente, le taux de participation aux élections est élevé (71.33% au premier tour, 56.32% au 2ème), donnant au processus électoral une légitimité accrue.

L’élection présidentielle est reportée au second tour par Jimmy Morales, un outsider de la politique, connu auprès du public comme un acteur et comique. L’élection de cet outsider est un reflet du mécontentement généralisé de la population envers la classe politique guatémaltèque, même si le parti de Morales, le Front de Convergence Nationale (Frente de Convergencia Nacional, FCN-Nación) ne peut pas vraiment être considéré comme un « parti anti-système ».

Les filtres de la représentation

Dans cet article, nous présenterons les « filtres de la représentation » que nous considérons les plus pertinents pour comprendre le processus électoral du Guatemala de 2015. La représentation politique est nécessairement imparfaite du fait qu’elle est conditionnée par un certain nombre de facteurs qui influencent, nuancent ou altèrent le résultat électoral. Nous désignerons ces facteurs comme des « filtres de la représentation » parce que ce sont des variables qui, comme une passoire, filtrent, pour ainsi dire, la volonté populaire.

Ces filtres sont souvent inévitables et parfois même nécessaires, mais ils peuvent aussi avoir des effets négatifs quand ils altèrent manifestement les résultats d’une élection. Certains filtres s’appliquent spécifiquement au contexte guatémaltèque. D’autres filtres sont génériques dans le sens où ils existent dans toutes les démocraties électorales ; ils ont néanmoins une singularité dans le contexte du Guatemala.

Les premiers filtres que nous retiendrons pour cette analyse sont : (a) la territorialisation du système électoral, (b) la faible institutionnalisation du système de partis et (c) la fragmentation parlementaire. Nous ne nous arrêterons pas sur les filtres qu’on pourrait considérer « institutionnels » ou « formels », préférant nous intéresser à des variables d’ordre sociologique.

Nous aborderons ainsi des filtres qui ont trait davantage à la culture politique du Guatemala : tout d’abord la question de la (d) personnalisation de la politique. Nous analyserons ensuite la question des (e) défections parlementaires – affectant la représentation parlementaire post-élection. Finalement, nous évoquerons les problèmes posés par (f) l’inscription illégale d’électeurs sur les listes électorales, une pratique qui a joué un rôle important pendant le processus électoral de 2015. Nous conclurons l’article avec quelques (g) remarques finales.

Pour lire l’article dans son intégralité, cliquez ici.

Les filtres de la représentation au Guatemala : clés pour interpréter le processus électoral de 2015
Les filtres de la représentation au Guatemala : clés pour interpréter le processus électoral de 2015
Petri-Filtres-de-la-representation-Guatemala-2016.pdf
Version: 2016
725.7 KiB
287 Downloads
Details...
Dennis P. Petri
Dennis P. Petri is Director of Plataforma C, Platform for Christian Politics. A political scientist by training, he specializes in comparative politics with a specific interest in Latin America. He is currently working on a dissertation about religious freedom at VU University Amsterdam.

Leave a Reply

%d bloggers like this: